Tout est bien qui finit bien

Froid modifie trajectoire poissons2 blog

Bonjour à tous,

Repéré sur le blog de Bianca cet hiver, j’ai acquis l’ouvrage tentateur il y a peu, et décidé de l’entamer encore plus récemment ! Je ne l’aurais donc pas lu au coin du feu comme suggéré dans son billet, mais plutôt avec de beaux, voire chauds, rayons de soleil.

Le résumé:

« 4 janvier 1998, Montréal Un garçon de dix ans apprend que ses parents vont se séparer. Désespéré, il demande au ciel de l’aider. Le lendemain débute la plus grande tempête de verglas que le pays ait jamais connue. Ce déluge de glace n’empêche pas son père de quitter la maison. Mais des événements incroyables ou anodins vont faire peu à peu basculer la vie du voisinage. Julie, danseuse en mal d’amour, accueille chez elle Boris, scientifique égocentrique, qui ne vit que pour ses expériences sur les poissons; Michel et Simon, les deux « frères » si discrets, qu’on ne voit jamais ensemble, ouvrent leur porte à Alexis, leur voisin homophobe. Le grand gel va progressivement changer la vie de tous les habitants de cette rue… pour le meilleur. »

Dans ce froid qui subsiste, l’entraide et l’amitié réchauffent les cœurs, et permettent à plusieurs personnages de redevenir maitres de leur vie. Un roman où la tendresse et l’espoir sont au rendez-vous. Parfois les réflexions du jeune garçon m’ont paru bien matures pour son âge; c’est le petit bémol que j’ai relevé. L’écriture est fluide et vivante. Un petit goût de sirop d’érable dans ce roman qui est saupoudré d’expressions québécoises 😉

Quelques citations:

« Elle a enfilé sa robe de chambre rouge. Boris, lui, a enfilé les verres. » (chapitre du mardi 6 janvier 1998)

« On aurait dit des images qui ne venaient pas du Québec. D’habitude, la misère, c’est loin. » (chapitre du mercredi 7 janvier 1988)

« On n’allait pas me partager, je ne serais pas le 14e  de la classe  à migrer chaque semaine » (chapitre du vendredi 9 janvier 1998)

 

Et vous, votre avis ?

Une grosse part de pi*

jesuisneunjourbleuBonjour à tous,

Aujourd’hui, un livre qui attendait sagement d’être lu depuis Noël ! Il s’agit du témoignage de Daniel Tammet, Je suis né un jour bleu.  L’auteur est atteint du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme de haut niveau. En 2007, il a été élu l’un des « 100 génies vivants » du monde par un panel d’experts et un jury britannique. Assez balaise le petit père quoi.

Je ne serais sans doute pas aller de moi-même vers cet ouvrage, qui n’est ni un roman ni une nouvelle mais plutôt une autobiographie, sur un sujet bien particulier.

Dans son récit, il décrit à la fois simplement et précisément son enfance jusqu’à sa vie d’adulte. Il mêle avec justesse les faits et son ressenti.

Au début surtout, il nous gratifie de longs passages sur les nombres. Outre l’aspect intéressant qui nous explique comment il modélise les nombres en couleur et en forme (ce qui lui permet de faire des calculs assez extraordinaires), je pense qu’on apprécie encore davantage ces explications avec un esprit scientifique (à qui, en tout cas, de trop longs passages sur les chiffres ne donnent pas le mal de mer…). On sent qu’il aime ça et qu’il aime en parler. Il est également assez pipelette à propos de l’apprentissage des langues. J’ai donc par moments un peu décroché, et pris le parti de zapper quelques paragraphes trop pointus à mon goût.

J’ai en tout cas appris beaucoup de choses. Ce livre est une ouverture à la curiosité et à la tolérance.

jesuisneunjour bleuIMG-20140603-00509Une petite photo pour vous montrer, qu’à l’intérieur, le livre est ponctué d’illustrations comme celle-ci. Elles représentent en image un propos, une idée pour l’auteur.

Quelques citations:

Comme vous pouvez le constater, beaucoup de passages ont retenu mon attention:

 » […] mes parents redoutèrent que je sois désormais incapable de mener la vie « normale » qu’ils voulaient pour moi. Comme pour beaucoup de parents, être « normal », cela voulait dire être heureux et productif. » (chapitre 3)

« Audrone m’expliqua certaines croyances lituaniennes à propos de Noël. Par exemple, on croit qu’à minuit, le jour de Noël, l’eau des torrents, des rivières, des lacs et des puits se change en vin, même si ce n’est que pour un instant. A minuit également, les animaux peuvent parler, même si les gens n’ont pas le courage de faire l’effort de les entendre. » (chapitre 7)

« Je me représentais l’amitié comme un papillon, à la fois beau et fragile, qui s’envolait dans les airs et que toute tentative d’attraper revenait à détruire ». (chapitre 8)

« Il peut lire deux pages d’un livre simultanément, une page pour chaque œil, en retenant tout ou presque à la perfection. » (chapitre 11) Bloggeurs et autres mordus de lecture, on peut aller se rhabiller.

«  »Donnez-lui votre date de naissance », suggéra Fran. « 31 janvier 1979 », dis-je. « Tu auras 65  ans un dimanche », annonça Kim. J’opinai et lui demandai sa date de naissance à lui: « 11 novembre 1951 », répondit-il. Je fis un grand sourire: « Tu es né un dimanche ! » Le visage de Kim s’illumina et je sus désormais que nous étions connectés ». (chapitre 11)

*En anglais, il y a un jeu de mots entre « pi » (le nombre) et « pie » (la tarte) qui se prononcent tous deux de la même façon.
 

La vidéo du film Brainman, dont il parle dans son livre (c’est en anglais of course):

 

Pour finir, le lien de son site d’apprentissage des langues est ici

« La carte est plus intéressante que le territoire »

http://livre.fnac.com/a4025222/Michel-Houellebecq-La-carte-et-le-territoireBonjour à tous,

Aujourd’hui je vous parle du roman La carte et le territoire de Michel Houellebecq (publié pour ma part chez J’ai Lu).

Un petit résumé :

Si Jed Martin, le personnage principal de ce roman devait vous en raconter l’histoire, il commencerait peut-être par vous parler d’une panne de chauffe-eau. Ou de son père, architecte connu et engagé, avec qui il passa seul de nombreux réveillons de Noël.  Il évoquerait certainement Olga, une très jolie Russe rencontrée au début de sa carrière, lors d’une première exposition de son travail photographique. C’était avant que le succès mondial n’arrive avec la série des ‘métiers’, ces portraits de personnalités de tous milieux (dont l’écrivain Michel Houellebecq), saisis dans l’exercice de leur profession.  Il devrait dire aussi comment il aida le commissaire Jasselin à élucider une atroce affaire criminelle.

Le roman est découpé en trois parties. On navigue dans les deux premières entre l’évolution de la carrière de l’artiste, le rapport qu’il entretient avec son père, le mode d’emploi d’appareils photo, le travail, l’art, la solitude affective aussi, et bien sûr l’argent. En définitive la plupart des composantes de la société sont passées en revue dans ce roman. Michel Houellebecq s’incorpore comme un personnage dans son propre roman. On peut soit le percevoir comme de l’auto-dérision, soit comme de l’auto-glorification… (Il a en effet tendance à citer sa biographie tout au long du récit, et nous prévient dès le début que c’est un bon écrivain, connu, et à l’emploi du temps chargé de mondanité etc. etc. …). Sur la fin, le roman se transforme en policier ! J’ai ressenti une absence d’émotion assez générale dans la vie du personnage principal, qui est décalée par ce qu’il provoque et ce qui se passe autour de lui !

En somme une très bonne lecture (avec quand même par moments, quelques passages un peu longuets de description d’objets et une réticence de prime abord vis-à-vis du personnage de Houellebecq dans le livre).

Quelques citations:

« Alors que les espèces animales les plus insignifiantes mettent des milliers, parfois des millions d’années à disparaître, les produits manufacturés sont rayés de la surface du globe en quelques jours […]. »

« […] La vie vous offre une chance parfois se dit-il mais lorsqu’on est trop lâche ou trop indécis pour la saisir la vie reprend ses cartes, il y a un moment pour faire les choses et pour entrer dans un bonheur possible, ce moment dure quelques jours, parfois quelques semaines ou même quelques mois mais il ne se produit qu’une fois et une seule, et si l’on veut revenir plus tard […] il n’y a plus de place pour l’enthousiasme, la croyance et la foi, demeure une résignation douce […]. »

Des citations de style plutôt neutre et détaché, qui s’appliquent comme le roman dont elles sont issues à dépeindre la société humaine (l’argent, l’égoïsme, un monde l’art un tantinet précieux…). Certes, sans nous en apprendre davantage qu’on ne se doute vraisemblablement déjà, mais j’ai aimé osciller entre désespoir, humour ironique et apaisement.

Et vous, votre avis ?